Cela fait une semaine que les attentats se sont déroulés à Paris, une semaine suspendue comme un mauvais rêve. Comment tout citoyen, j’ai été frappé par la violence, la brutalité et le sang froid de ces assassins. Tout comme pour les tueries de Charly Hebdo, le peuple français a fait preuve d’un patriotisme presque oublié. La population s’est réapproprié le drapeau français qui, jusqu’à présent, avait été accaparé par les partis d’extrême droite (de la même manière que l’UMP a accaparé le terme « Républicain »). Le drapeau permet ainsi à notre nation de se retrouver pour exprimer sa douleur et ses valeurs communes. Nos couleurs françaises ont fleuri les réseaux sociaux. Facebook ayant même créé une application pour repeindre automatiquement nos photos aux couleurs françaises. La Marseillaise a été magnifiée, en cœur, par nos pays amis ; certains accents la rendant incompréhensible, mais profondément touchante. Mais je continue de me questionner quant à ce paradoxe qui réside dans le fait de chanter la paix avec des paroles qui réclament qu’ « un sang impur (des jihadistes) abreuve nos sillons ».

Pour ma part, je n’ai pas mis le drapeau sur mon Facebook. Pas parce que je ne le revendique pas. Je suis français et j’aime mon pays. J’aime ses valeurs et la place qu’il occupe dans le monde. Mais j’avoue que je n’ai pas partagé la peine nationale. Nous avons perdu, sans compter les blessés, les traumatisés, 130 vies. C’est énorme, c’est monstrueux. Mais qu’est-ce en comparer des autres massacres de Daech, d’Al Qaïda, de Boko Haram, ou simplement de Bachar Al Assad dans son propre pays ? Des dizaines, des centaines de milliers victimes s’entassent depuis de nombreuses années, et tout le monde s’en moque. Lorsque les pauvres meurent, nous continuons d’acheter des écrans plats et remplir nos terrasses. Mais lorsque nous sommes attaqués, le monde doit s’arrêter, pleurer avec nous, et partir en guerre. Sommes-nous vraiment en guerre ? Sommes-nous concrètement dans un état de siège armé qui nous empêche de vivre et qui nous condamne à mourir ou à prendre les armes ? Je ne le crois pas. Certes nous avons été, et nous serons de nouveau victimes d’attentats qui feront toujours plus de morts. Mais je ne crois pas qu’il soit possible, en tout cas pour les mois qui viennent, de vivre sous une occupation d’extrémistes armés comme cela a été le cas lors de la dernière guerre mondiale. A moins évidemment que cela vienne de l’intérieur de notre pays ; que notre pouvoir soit confié à nos partis les plus radicaux. Je veux encore croire que nous ne commettrons pas cette dramatique erreur. Mais l’être humain ayant l’incroyable faculté d’oublier systématiquement le passé, et de céder plus facilement à la passion, la haine, plutôt qu’à la raison, cette douloureuse éventualité se rapproche un peu plus chaque jour. Et les conséquences d’un tel basculement politique se révèleront bien plus dramatiques que les tristes attentats dont nous sommes victimes aujourd’hui.
Il est vrai que pour l’heure, les seules personnalités politiques à proposer, pour notre société, une véritable vision d’avenir (même si je ne la partage absolument pas) sont celles des parties d’extrême droite, dont le Front National. Entre une droite traditionnelle (les Républicains) qui ne propose que de continuer toujours plus loin dans la construction d’un capitalisme effréné, générateur de pollution, d’inégalités sociales, de pauvreté ; un centre inexistant (le Modem) ; une gauche avoue aujourd’hui être libérale (le PS), plus proche du centre que des valeurs sociales qui devraient être son ciment, qui n’envisage que le statu quo ou l’alliance avec la droite pour contrer le Front National, aveux d’échec avant d’avoir commencé la bataille ; une extrême gauche (Front de gauche, Partie de gauche, etc.) dont la seule proposition est de se battre contre le Front National ; des écologistes divisés ; des tricheries, des guerres de pouvoir, des mensonges, du vol ; il n’est plus possible, pour notre population appauvrie, de se projeter dans un vrai projet de société, sauf pour celles et ceux qui décident d'emprunter les voies de la radicalisation, malheureusement.

Les seules propositions concrètes qu’ont faites François Holland et son gouvernement pour combattre Daech et toutes les vagues racistes de réflexions nauséabondes sont d’intensifier les bombardements en Syrie et de limiter nos libertés. Daech vient donc de gagner cette partie. Le Front National également. Aucune remise en question sur les causes qui mène à la radicalisation, aucun travail pour rassurer le peuple français, rien. Le seul objectif de nos élus dépassés, c’est combattre le Front National pour s’assurer des sièges à l’Assemblée Nationale, dans les régions, et donc garder le pouvoir en misant sur le « vote utile », arme culpabilisante absolue de canalisation antidémocratique. Que d’ambition.
C’est dans cette époque aussi troublée que la notre, où nous avons besoin d’affirmer notre identité, de nous rapprocher des valeurs qui nous ont construits et qui détermineront notre avenir, qu’il est impératif de construire une nouvelle société. Il est affligeant, et terrifiant, de constater que seul le Front National propose un nouveau projet. Les partis démocratiques ont décidé qu’il était plus sage d’opter pour un statu quo, voir d’alimenter un peu plus le système actuel qui ne bénéficie qu’aux élites et favorise le radicalisme. Si nos élus ne sortent pas de leur torpeur, il est clair que nous nous dirigeons tout droit vers un schisme d’état dont les conséquences sociétales et environnementales n’auront aucune équivalence avec ce que nous avons connu par le passé. Mais nos élus hors du monde le comprendront-ils à temps ? Si l’on regarde vers le passé, a priori, non.
Ceci est mon troisième billet.