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Réflexions philosophiques pour une nouvelle société

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Discours insidieux

J’ai été, il y a quelques jours, particulièrement surpris par l’un des postes d’une amie sur Facebook, ou plus précisément par ce qu’elle a partagé ; l’une des pages du réseau sociale qui s’intitule : « non aux Roms dans ma ville ». Je connais cette amie depuis peut-être 10 ans. Nous avons mangé et bu ensemble, beaucoup rit également. Mais je me rends compte que nous n’avons jamais abordé le sujet de l’immigration et des étrangers sur notre sol. Pas que ce sujet soit tabou, mais je n’envisage jamais que l’un de mes amis, qu’une personne pour qui j’ai de l’estime, voir de l’affection, puisse avoir des idées qui pourraient s’apparenter à celles de l’extrême droite. J’ai eu la même expérience il y a quelques semaines avec un couple que je croise plusieurs fois par an chez des amis. Au milieu de nos bavardages quant au dernier film que nous avons vu, nos prochaines vacances ou nos jeux préférés, lui me déclare « que notre culture n’est pas compatible avec celle du sud ; et qu’il va bien falloir trouver des solutions pour que tout le monde puisse retourner tranquillement chez soi ». Sur le coup, je suis resté scié. Outre le sentiment de gêne lorsqu’il eut exprimé à demi-mot sa pensée, comment ce type pour qui, quelques minutes plus tôt, j’avais de la sympathie, des goûts en communs, puisse finalement nourrir des idées aussi violentes ? Je n’exclus évidemment pas du tout le fait que je puisse partager des centres d’intérêts avec des personnes dont les sensibilités politiques sont à l’opposée des miennes. Mais peut-on encore parler de sensibilité politique lorsqu’on évoque l’idéologie de l’extrême droite ? A chaque fois que je rencontre quelqu’un en accord avec ces idées, je reste sonné, comme si j’avais reçu un coup de poing en plein ventre. J’ai face à moi un être humain qui, d’un premier abord très sympathique, vient de céder aux idéologies insidieuses qui ont tué plusieurs millions de personnes il y a moins d’un siècle.

Discrimination naturelle


Pour revenir à mon amie et son partage sur Facebook, je ne peux raisonnablement pas comparer son exaspération face aux Roms qui pourraient s’installer devant chez elle et le génocide juif nazi. Mais lorsque l’on commence à étudier la page Internet partagée, on peut retrouver tout de même quelques phrases qui font froid dans le dos, comme celle qui propose d’expulser tous les Roms hors d’Europe. Je sais que ce sont généralement les plus extrêmes qui s’expriment, l’anonymat du net permettant, sans retenue, de déverser sa haine et son idiotie. Mais tout de même, comment cette amie, que j’affectionne, et que je reconnais comme intelligente, qui a reçu une éducation similaire à la mienne, puisse céder à de pareilles divagations extrémistes ? La peur ? La fatigue ? La méconnaissance ? Quand bien même, cela ne peut excuser le fait de militer pour empêcher qu’une population puisse s’installer sur un territoire, qu’on lui interdise le droit absolu que tout humain devrait posséder, celui de vivre avec sa famille sur une terre.

Discrimination naturelle

Je reconnais à quel point il peut être compliqué d’ouvrir ses volets le matin et de tomber sur un camp de caravanes sans sanitaires, sans collectes des déchets, entendre une autre langue, assister à des mœurs que l’on ne comprend pas. L’étranger a toujours fait peur. Surtout celui qui est pauvre (et donc « sale ») et qui est prêt à tout pour manger. Il porte en lui nos afflictions ; il est synonyme de chômage, de crise, de dégradation, de vol et de crime. Je ne crois pas que le Rom mérite d’être assimilé, de par son unique identité et son mode de vie à tous nos maux. Attention, à la base, les Roms ne sont pas des nomades. Ils sont sédentaires comme la majorité des Européens. C’est parce que nous les excluons, que nous leur refusons du travail qu’ils sont obligés de se déplacer et de chercher toutes les solutions possibles pour faire vivre leurs familles. Un teint de peau un peu plus mat, un pantalon déchiré, une autre langue suffisent à alimenter peur et haine. Comment une communauté de 6 000 000 d’individus répartis dans toute l’Europe peut-elle être responsable de nos problèmes ? Nous ne subissons pas un envahissement de la France par les Roms. Mais les utiliser pour attiser la haine reste bien pratique lorsqu’on a besoin de gonfler les rangs d’électeurs fatigués et apeurés, prêts à céder à tous les discours anti-système pour nourrir de vains espoirs d’une vie meilleure.

Alors « Non aux Roms dans ma ville… dans ces conditions ».

Ceci est mon second billet.

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